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10.01.2008

Le Bilan.

J'ai donc passé les 5 dernières années à Antananarivo, Madagascar.
La première chose qui me vient à l'esprit quand j'y repense, c'est la joie. Parce que je suis très heureuse de l'avoir fait. Pour le challenge personnel, mais aussi pour l'expérience, pour tout ce que j'ai vu, toutes les rencontres, les voyages, les paysages, tout ça m'a fait grandir très vite.

Si c'était à refaire? Oui, mais pas comme ça. Je ne partirai plus sur un coup de tête, parce que je n'ai plus 22 ans non plus. Je n'y réfléchirai pas beaucoup plus longtemps non plus, mais je ferai en sorte de partir avec un peu plus d'argent pour voir venir, avec un projet professionnel, avec quelque chose, donc, de manière un peu plus sensée?! Mais je ne regrette rien, ça non. La manière dont je suis partie, c'est comme cela qu'on part à 22 ans, avec plein d'espoir dans la tête et les poches vides. Avec le recul, j'ai fait n'importe quoi! Mais j'ai bien fait.

En 5 ans j'ai découvert une île, une île toute rouge, très grande et très différente de ce que je connaissais. J'ai vu plein de choses que je n'avais jamais vu avant : dans le desordre (et liste non exhaustive) : des boucheries dans des cabanes, des palétuviers, des gens qui marchent pieds-nus dans la rue, des pousse-pousse, des zébus, des margouillats, des mangoustans, des aloalos, des arbres à pain, des plages paradisiaques, des cocotiers, des chauves souris dans mon assiettes, des hotelys qui sont en fait des restaurants, des gargottes, des trous pas possibles dans les routes, des manguiers, des litchis, des rizieres, et tellement d'autres choses. J'ai senti de nouvelles odeurs, j'ai rencontré une nouvelle culture, j'ai dû m'adapter, me façonner pour entrer dans u moule qui ne me convenait pas toujours, j'ai dû montrer des tresors de patience, de calme, de sang froid, d'ouverture d'esprit, la plupart du temps ça a fonctionné, mais pas toujours, je ne suis pas infaillible. J'ai aussi rencontré un peuple, complexe, parfois avenant, parfois beaucoup moins, à la culture si différente de la mienne que je suis parfois passée à côté de certaines nuances, c'est dommage mais c'est ainsi, que je n'ai pas pu connaître aussi bien que je l'aurais souhaité. J'ai vu la pauvreté, la misère, je l'ai regardé bien en face pendant 5 ans. J'ai vu une ancienne colonie française aussi avec tout l'héritage qui vient après : la langue française parlé partout, par tous ou presque, qui m'a fait malheureusement me prendre d'une flemme aiguë et ne pas apprendre le malgache. L'architecture, les restaurants français, le nombre de français à Madagascar, les produits alimentaires, la conduite automobile, et bien d'autres choses.

En fait je n'arrive pas à écrire ce texte. Je le trouve trop plat, je n'arrive pas à écrire mes sentiments les plus profonds. C'est très frustrant. J'aurai dû l'écrire avant de partir de Mada peut être. Ca me parait deja si loin.
J'aurai aimé dire le contraste entre ce que j'ai aimé et ce que j'ai détesté, ce que j'ai profondément rejeté. J'aurai voulu dire la difficulté de travailler là bas car la manière de travailler et d'envisager le travail n'est pas du tout la même entre vazahas et malgaches. J'aurai voulu dire à quel point j'avais pu être épuisée psychologiquement de cette adaptation sans cesse. Dire aussi les moments merveilleux vécus là bas. Les déceptions aussi, nombreuses. Les amitiés qui n'en sont pas, dû au petit milieu restreint dans lequel on évolue, nous vazahas de Mada. Dire le souffle coupé devant des paysages, devant des scènes de vie, devant le courage de certains. Dire la tristesse devant la dureté de certaines vies. Dire à quel point la pauvreté a tout perverti, jusqu'aux rapports humains. Dire ce que j'ai appris de la manière de vivre parisienne que je pouvais avoir avant. Dire que j'ai su mettre de l'eau dans mon vin à propos de plein de choses. Dire que ce n'est pas parce que le modèle de développement européen fonctionne à peu près (et encore) que l'on peut le transposer partout et qu'il est adaptable partout. Dire qu'il faut aider oui, mais pas forcement selon le modèle que l'on connaît et qu'il faut réinventer toute la mise en place de l'aide "aux pays en voie de développement" car pour le moment c'est une vaste mascarade, et pendant ce temps des gens continuent de vivre un enfer. Dire à quel point j'ai pu être touchée par des regards, des sourires. Dire à quel point j'ai pu être exaspérée par d'autres, enragée par d'autres encore, dire à quel point quand tu es étranger tu n'as rien à dire, tu ne peux rien dire, car tu auras toujours tort. Dire à quel point je me suis posé la question "et si moi j'étais née à Mada, comment je les verrai, comment je les ressentirai les vazahas?". Dire la difficulté de s'imposer professionnellement quand on est une jeune fille sans franchement d'expérience, et la fierté quand, enfin on est reconnue. Dire merci aux gens ui m'ont aidé et qui ont eu confiance en moi. Dire que j'ai rencontré aussi mon homme, mon Homme fabuleux, et qu'il est encore à mes côtés en ce moments, à Paris, et que c'est aussi merveilleux que ça en a l'air, dire à quel point j'ai souffert du manque, du manque de ma famille, de mes amis, de mon pays, de mes habitues, et dire aussi que Mada m'a profondément manqué quand je rentrais en France. Dire que j'ai la sensation de ne pas avoir pris assez de photos alors que j'en ai pas mal. Dire que j'ai l'impression dene pas avoir ramené assez de souvenirs alors que j'en ai plein aussi. Dire à quel point la decision de quitter Mada a éé une des plus difficiles à prendre de ma vie. Dire comment j'ai grandi dans ce pays, tout ce qu'il m'a appris, tout ce qu'il m'a donné. Tout ce qu'il m'a pris aussi. Dire que le joyeux bordel des rues, le mora mora, le soleil, le délestage, les rizières, les voitures qui puent, les rues inondées, la saison des pluies, les cyclones, la nuit qui tombe à 18h quel que soit le mois de l'année, tout ça va me manquer, c'est sûr, mais que je suis infiniment heureuse d'être rentrée, d'être de retour, chez moi, avec Fabien.

Ce texte ne ressemble pas à ce que je voulais en faire, mais c'est un exercice bien difficile, j'ai fait ce que j'ai pu.
Merci Mada!

Commentaires

Et bien à la lecture de ton texte je trouve que tu rends merveilleusement bien ton ressenti sur ces cinq ans (ca me fait penser à ce que m'a dit ma grand mère lorsqu'elle est revenue de son dernier voyage à madagascar ; elle est née là bas et y retourne régulièrement)

Ecrit par : MH | 10.01.2008

Ce n'est peut être pas ce que tu voulais comme texte ... Mais moi il me touche. C'est dense, on sent que tu l'écris comme il sort : de ta tête et de ton coeur ...

L'écrire avant : non ... tu n'aurais pas eu conscience du manque.
L'écrire maintenant : peut être un peu trop tôt et c'est pour ça que tu as l'impression d'avoir un flot de choses à dire, sans trop savoir les agencer.
Plus tard peut être tu pourras retenter l'exercice.

Une nouvelle fois, re-bienvenue au pays ... avec tout ce que ça implique de nouvelles adaptations, de nouvelle vie, de culture, de changements profonds ...

Nouvelle page pour toi et ton homme. J'espère que ce sera au moins aussi riche que tout ce que tu nous as montré de ta vie à Mada.

Ecrit par : Vinz | 10.01.2008

C'est contrasté, c'est vivant, c'est joyeux et triste à la fois, c'est pleins de bonnes choses mais quand des trucs négatifs ... c'est la vie quoi ! En fait, c'est même plus que ça, c'est toi :)

Ecrit par : bibz | 10.01.2008

Hé beh...chapeau bas...relis le dans quelques mois, ans, tu verras qu'il ne pourrait être plus juste...!

Bonne réadaptation!

Ecrit par : La Fraise | 10.01.2008

C'est très parlant, au contraire. En tous cas moi ça m'a vachement émue.
Difficile quand on vient de rentrer de parler vraiment de ce qu'on a vécu.
Je me décide à peine à reparler vraiment de la Chine, et ça fait déjà 6 mois, c'est dire!
C'est sûr qu'après 5 ans dans un univers tellement différent, ça doit pas être évident.
Enfin si tu es contente d'être rentrée, tout ne peut aller que pour le mieux ;0)

Ecrit par : Claire | 10.01.2008

Bon retour chez toi en France. Je trouve ce texte joli et touchant. Je suis contente que tes images de Mada soient joyeuses malgrè tout. Je sens que ce pays t'a remué, vraiment remué. Est-ce que ce n'est pas ce qu'on attend quelque part de la vie. La vivre avec un grand V ?

Tu écris : "Dire qu'il faut aider oui, mais pas forcement selon le modèle que l'on connaît et qu'il faut réinventer toute la mise en place de l'aide "aux pays en voie de développement"
> je suis tellement d'accord avec toi. On aide pas pour avoir bonne conscience. On aide en se souciant de l'autre, en estimant vraiment ses besoins, en lui apprenant et non pas en le rendant dépendant.
Quelle prétention de croire qu'il suffirait de donner pour aider l'hémisphère sud. Je suis contre l'aide gratuite qui n'apporte rien. Je suis pour l'aide concertée qui permet aux gens d'apprendre de nouveaux métiers, de nouveaux savoirs faire, etc. Mais cela ça prend du temps, ça demande aussi de s'intéresser à l'autre culture et d'oublier un peu la sienne. Cela demande une immense humilité.

L'humilité ne fait malheureusement pas partie des programmes d'aide...

Excuses moi d'être un peu bavarde, mais je suis bavarde quand je pense à mon pays d'origine si beau. Je voudrais y vivre et y être utile. Ne pas me contenter de reproduire des modèles que j'ai connus en France. Mon rêve ? M'installer à Madagascar avec un projet utile. Vraiment utile.
Et tu me le confirmes dans ta très jolie note !

Ecrit par : ariane | 10.01.2008

ah j'oubliais: merci à toi et bonne année 2008

Ecrit par : ariane | 10.01.2008

Merci pour vos comms!

Ariane : je te souhaite de vivre ton rêve, et bonne année à toi!


Ma question maintenant c'est : je fais quoi du blog?!!!

Ecrit par : Perrine_à_Paris | 10.01.2008

En fait je trouve que tu arrives très bien à rendre compte de ton ressenti !! Tantôt bon, mauvais, toujours tout en contraste, c'est dans le dernier paragraphe, pile quand tu annonces que tu n'arrives pas à exprimer tes sentiments, que tu es la plus sincère ! C'était en tous cas très agréable de te lire poue ce bilan !

Et que vas-tu faire du blog maintenant ? Pourquoi ne pas en créer un nouveau et y mettre un lien vers celui-ci ? Nouvelle vie nouveau blog non ?

Ecrit par : Claire se balade | 10.01.2008

Bonne annee et tous mes meilleurs voeux pour la suite : sante, bonheur et prosperite. J'ai bien aime cette note surtout le passage a propos du travail.. continue a detailler si tu as le temps

Ecrit par : Gasy | 10.01.2008

Pour ton blog ?

Sois tu en ouvres un nouveau, soit tu fais un gros lifting à celui-ci ...

Mais je te conseille d'en faire un nouveau ... limite avec ton nom de domaine non ?

Ecrit par : Vinz | 11.01.2008

Eh ben, il se dégage énormément d'émotions de ton texte je trouve, et comme l'a dit quelqu'un d'autre, on sent qu'il sort tel que tu le ressens, et c'est ce qui le rend réussi.
Meilleurs voeux pour cette nouvelle vie parisienne, bon courage aussi, parce que la réadaptation ne doit pas être évidente dans ce sens-là non plus !

Ecrit par : Tania | 11.01.2008

vraiment bravo. parce que tu as su nous raconter, partager, donner envie, et aussi parce que c'est pas facile tout ça.
il en fallait du courage et il en faudra encore un peu pour ne pas avoir envie d'y retourner devant les difficultés du retour.
Vraiment j'espère que tu vas continuer ton blog;
plein de bonnes choses en tous les cas pour 2008 ! et Bienvenue en métropole et à ton homme aussi !

Ecrit par : unegrossefeignassedefee | 11.01.2008

Ton blog c'est toi et toi c'est Perrine et Perrine c'est pas que Mada, c'est (je crois) pleins d'autres choses.

Alors oui tu peux garder ton lien url et faire évoluer ton blog avec ce que tu vas vivre aujourd'hui tout en gardant ce que tu as vécu avant. Tu auras les bonnes idées j'en suis sûre !

Veloma

Ecrit par : ariane | 12.01.2008

super la miss ce retour et superbe ton post !

on pense a toi et bon courage pour la re-adaptation, prends ton temps !! (et ne zappe pas les soldes !!...)

Ecrit par : sunrain | 14.01.2008

Merci merci à tous et à toutes!

je vous tiens au courant pour la suite!!

Ecrit par : Perrine_à_Paris | 14.01.2008

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